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Максим Фомин

brittany flagБретонский язык

Всем, кто хочет изучать бретонский

Anna Muradova

 

Всех, кто интересуется кельтскими языками и в особенности бретонским, Анна Мурадова - московский специались по современному бретонскому приглашает на свои курсы.

контактный имейл: info@muradova.ru

Новости от Ани Мурадовой:

01.10.08 В октябре, как обычно, я приступаю к преподаванию.

Заниятия бретонским языком в МГУ будут проводиться по четвергам в 16 30 (первая втреча - 9 октября), а тем специалистом в области вина, кто хочет изучить французский язык, напоминаю, что продолжается набор в группу начинающих в школе вин Энотрия (контактно лицо - Надир Алимов, завуч школы, телефон 799 51 24.

Тем же, кто интересуется языками мира во всем их разнообразии, сообщаю, что 26 октября в Институте иностранных языков МГПУ состоится открытое некоммерческое культурно-массовое мероприятие “3-й Московский международный фестиваль языков”.

Фестиваль организует Московский молодежный эсперанто-клуб “EK MASI” при разносторонней поддержке многочисленных друзей Фестиваля - организаций и частных лиц.

Цели Фестиваля организаторы определяют так: показать разнообразие языков мира, их уникальность и ценность; стимулировать интерес к изучению иностранных языков;  развивать уважение к различным народам мира; способствовать  сотрудничеству культурных и языковых молодежных организаций; вовлекать молодежь в интеллектуальный диалог на принципах равноправия и терпимости; организовать праздник дружбы и понимания между народами. С моей стороны н а фестивале будут представлены бретонский и ассирийский< языки.

Статьи по проблемам бретонского языка


 


PERONNIK L'IDIOT


EMILE SOUVESTRE,

Le Foyer Breton - 1844

Vous n'êtes pas sans avoir rencontré de ces pauvres innocents que le prêtre a baptisés avec de l'huile de lièvre et qui ne savent que s'arrêter devant les portes pour demander leur pain. On dirait des veaux qui ont perdu le chemin de leur étable. Ils regardent de tous les côtés avec de grands yeux et la bouche ouverte, comme s'ils cherchaient quelque chose ; mais ce qu'ils cherchent n'est pas assez commun dans le pays pour qu'on le trouve sur les grands chemins, car c'est de 1'esprit.

Peronnik était un de ces pauvres idiots qui ont pour père et mère la charité des Chrétiens. Il allait sans savoir où ; quand il avait soif, il buvait aux fontaines ; quand il avait faim, il demandait aux femmes qu'il voyait sur leurs seuils, les croûtes de rebut ;quand il avait sommeil, il cherchait une meule de paille et creusait son lit, comme un lézard.

Du reste, Peronnik n'était pas mal vêtu pour son état. Il avait une culotte de toile à laquelle il ne manquait que le fond, un gilet garni d'une manche et la moitié d'un bonnet qui avait été neuf. Aussi, quand Peronnik avait mangé, il chantait de tout son coeur, et il remerciait Dieu, soir et matin, de lui avoir fait tant de présents sans y être obligé. Quant à savoir un métier, Peronnik n'en avait jamais appris ; mais il était habile en beaucoup de choses. Il faisait autant de repas qu'on voulait, il dormait plus longtemps que personne, et il imitait avec sa langue le chant des alouettes. Il y en a maintenant plus d'un dans le pays qui n'en pourrait pas faire autant.

A l'époque dont je vous parle (c'est-à-dire il y a mille ans et plus), le pays du blé blanc n'était pas tout à fait comme vous le voyez aujourd'hui. Depuis ce temps-là bien des gentilshommes ont mangé leur héritage et changé leurs futaies en sabots; aussi, la forêt de Paimpont s'étendait-elle sur plus de vingt paroisses. Il y en a même qu'elle passait la rivière et allait rejoindre Elven.

Quoi qu il en soit, Peronnik arriva un jour à une ferme bâtie sur la lisière du bois, et, comme il avait déjà longtemps que la cloche du Benedicite sonnait dans son estomac, il s'approcha pour demander à manger.

La fermière était justement à genoux sur le seuil de la porte et se préparait à nettoyer la bassine à bouillie avec sa pierre à fusil ; mais quand elle entendit la voix del'idiot qui demandait à manger au nom du vrai Dieu, elle s'arrêta et lui tendit le chaudron.

- Tiens, dit-elle, mon pauvre Jean le Veau mange le gratin et dis un Pater pour nos pourceaux qui ne peuvent pas engraisser.

Peronnik s'assit à terre, mit la bassine entre ses jambes, et se mit à gratter avec ses ongles; mais il ne réussissait à trouver que bien peu de chose, car toutes les cuillers de la maison avaient déjà passé par là. Cependant il se lécha les doigts, en faisant entendre un grognement de satisfaction, comme s'il n'eût jamais mangé rien de meilleur.

- C'est de la farine de mil, dit-il à demi-voix, de la farine de mil détrempée avec du lait de vache noire par la meilleure faiseuse de tout le bas pays.

La fermière, qui s'en allait, se retourna flattée.

- Pauvre innocent, dit-elle, il en reste bien peu ; mais j'ajouterai uu morceau de pain de méteil.

Elle apporta au jeune garçon l'entamure d'une miche qui arrivait du four ; Peronnik y mordit comme un loup dans une cuisse d'agneau et s'écria qu'il devait avoir été pétri par le boulanger de monseigneur l'évêque de Vannes ! La paysanne enorgueillie répondit que c'était bien autre chose quand on le mangeait avec du beurre nouvellement baratté et, pour le prouver, elle en apporta dans la petite écuelle couverte. Après en avoir goûté, l'idiot déclara que c'était du beurre vivant, que celui de la semaine blanche ne le valait pas, et, afin de mieux appuyer ses éloges, il étendit sur son entamure tout ce qui se trouvait dans la sébile. Mais le contentement empêcha la fermière de s'en apercevoir, et elle ajouta encore à ce qu'elle avait déjà donné un morceau de lard qui restait de la soupe du dimanche.

Peronnik vantait toujours plus chaque morceau et avalait tout, comme si c'eût été de l'eau de source, car il n'avait point fait, depuis bien longtemps, un pareil repas. La fermière allait et venait, tout en le regardant manger, et ajoutait par-ci par-là, quelques bribes qu'il recevait en faisant le signe de la croix.

Pendant qu'il était ainsi occupé à prendre des forces voilà qu'un cavalier armé parut à la porte de la maison, et s'adressa à la femme pour lui demander le chemin du château de Kerglas.

- Jésus mon Dieu ! monsieur le gentilhomme, est-ce-là que vous allez ? s'écria la fermière.

- Oui, répondit l'homme de guerre, et je suis venu pour cela d'un pays si éloigné, qu'il a fallu marcher trois mois, nuit et jour, pour arriver jusqu'ici.

- Et que venez-vous chercher à Kerglas ? reprit la Bretonne.

- Je viens chercher le bassin d'or et la lance de diamant.

- Ce sont donc deux choses d'un grand prix ? demanda Peronnik.

- D'un plus grand prix que toutes les couronnes de la terre, répondit l'étranger, car outre que le bassin d'or produit, à l'instant, les mets et les richesses que l'on désire, il suffit d'y boire pour être guéri de tous ses maux, et les morts eux-mêmes ressuscitent en le touchant de leurs lèvres. Quant à la lance de diamant, elle tue et brise tout ce qu'elle touche.

- Et à qui appartiennent cette lance de diamant et ce bassin d'or ? reprit Peronnik émerveillé.

- A un magicien que l'on appelle Rogear, et qui habite le château de Kerglas, répondit la fermière ; on le voit tous les jours passer, à la lisière du bois, monté sur sa jument noire que suit un poulain de treize mois ; mais nul n'oserait l'attaquer car il tient dans sa main la lance sans merci.

- Oui, reprit l'étranger, mais l'ordre de Dieu lui défend de s'en servir au château de Kerglas. Dès qu'il y arrive, la lance et le bassin sont déposés au fond d'un souterrain obscur qu'aucune clef ne peut ouvrir ; aussi est-ce là que je veux aller attaquer le magicien.

- Hélas vous ne pourrez réussir, mon maitre, reprit la paysanne plus de cent autres gentilshommes ont, essayé l'aventure, avant vous, sans qu'aucun ait reparu.

- Je le sais, bonne femme, répliqua le cavalier, mais ils n'avaient pas reçu, comme moi, les instructions de l'ermite de Blavet.

- Et que vous a dit l'ermite ? demanda Peronnik.

- Il m'a averti de tout ce que j'aurai à faire, reprit l'étranger ; d'abord il faudra que je traverse le bois trompeur où toutes espèces d'enchantements seront employées pour m'effrayer et me faire perdre ma route. La plupart de ceux qui m'ont précédé s'y sont égarés et y ont péri de froid, de fatigue ou de faim.

- Et si vous le passez ? dit l'idiot.

- Si je le passe, continua le gentilhomme, je rencontrerai un korigan armé d'un aiguillon de feu qui réduit en cendres tout ce qu'il touche. Ce korigan veille près d'un pommier auquel il faudra que je prenne une pomme.

- Et ensuite ? ajouta Peronnik.

- Ensuite, je trouverai la fleur qui rit, gardée par un lion dont la crinière est formée de vipères, et il faudra que je cueille la fleur ; après quoi j'aurai à passer le lac des dragons, à combattre l'homme noir armé d'une boule de fer qui atteint toujours le but et revient d'elle-même à son maître ; j'entrerai enfin dans le vallon des plaisirs, où je verrai tout ce qui peut tenter un chrétien et le retenir, et j'arriverai à une rivière qui n'a qu'un seul gué. Là se trouvera une dame vêtue noir que je prendrai en croupe et qui me dira ce que je dois faire.

La fermière essaya de prouver à l'étranger qu'il ne pourrait jamais supporter toutes ces épreuves mais celui-ci répondit que ce n'était point là une affaire à être jugée par les femmes, et, après s'être fait indiquer 1'entrée de la forêt, il mit son cheval au galop et disparut parmi les arbres.

La fermière poussa un gros soupir, en déclarant que c'était un mort de plus que le Christ allait avoir à juger ; elle donna quelques croûtes à Peronnik et l'engagea à continuer son chemin.

Celui-i allait suivre son conseil lorsque le maître de la ferme arriva des champs. Il venait justement de renvoyer l'enfant qui gardait les vaches à l'entrée du bois, et il cherchait, dans son esprit, comment il pourrait le remplacer.

La vue de l'idiot fut pour lui un trait de lumière ; il pensa qu'il avait trouvé ce qui lui manquait, et, après quelques questions, il demanda brusquement à Peronnik s'il voulait rester à la ferme pour surveiller le bétail. Peronnik eût préféré avoir à se surveiller tout seul, car et personne n'avait plus de courage que lui pour ne rien faire ; mais il sentait encore sur ses lèvres le goût du lard, du beurre frais, du pain de méteil et du gratin de mil ; aussi se laissa-t-il tenter et accepta-t-il la proposition du fermier.

Celui-ci le conduisit sur-le-champ au bord de la forêt ; il compta tout haut les vaches (sans oublier les génisses), !ui coupa une baguette de coudrier pour qu'il pût les conduire, et l'avertit de les ramener au soleil couchant.

Voilà donc Peronnik devenu curé de bestiaux, devant les empêcher de mal faire, et courant de la noire à la rousse et de la rousse à la blanche pour les retenir où il fallait.

Or, pendant qu'il courait ainsi de côté et d'autre, il entendit tout à coup des pas de chevaux, et il aperçut, dans une des allées du bois, le géant Rogéar assis sur sa jument, suivi du poulain de treize mois. Il portait au cou le bassin d'or et à la main la lance de diamant qui brillait comme une flamme. Peronnik effrayé se cacha derrière un buisson ; le géant passa près de lui, puis continua sa route. Lorsqu'il eut disparu, l'idiot sortit de sa cachette et regarda le côté par lequel il était parti, mais sans pouvoir reconnaître le chemin qu'il avait suivi.

Cependant des cavaliers armés arrivaient sans cesse pour chercher le château de Kerglas et on n'en voyait aucun revenir. Le géant, au contraire, faisait tous les jours sa promenade. L'idiot, qui avait fini par s'enhardir, ne se cachait plus lorsqu'il passait, et le regardait, de loin, avec des yeux d'envie, car le désir de posséder le bassin d'or et la lance de diamant grandissait chaque jour dans son coeur. Mais il en était de cela comme d'une bonne femme, c'était une chose plus facile à souhaiter qu'à obtenir.

Un soir que Peronnik était seul dans la pâture, comme d'habitude, voilà qu'un homme à barbe blanche s'arrêta à la lisière de la forêt. L'idiot crut que c'était encore quelque étranger qui venait pour tenter les aventures, et il lui demanda s'il ne cherchait pas la route de Kerglas.

-Je ne la cherche pas, car je la connais, répondit l'inconnu.

- Vous y êtes allé et le magicien ne vous a pas tué ! s'écria Peronnik.

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